On nous dit que la France se prépare depuis des mois à lutter contre la pandémie de grippe A. Effectivement, nous-mêmes, les infirmières et médecins scolaires, mais aussi apparemment notre hiérarchie académique, avons été ensevelis sous une montagne de circulaires et de superbes diaporamas informatiques.
Toutes les situations avaient été prévues, répertoriées et traitées !
Les EMV, les EOD, les PCP, les LRCP et les BV ont fait l’objet de courriers nombreux et impératifs signés par plusieurs ministres. Les vaccins et les masques commandés, à prix d’or semble-t-il. Leur stockage et leur transport minutieusement préparés.
Tout ça pour aboutir à un cafouillage invraisemblable, que Kafka n’aurait pas réussi à imaginer !
Les gens de terrain, c’est-à-dire les chefs d’établissements, les infirmières et médecins scolaires, mais aussi reconnaissons-le, notre hiérarchie académique, mis KO debout par une avalanche d’ordres, de contre-ordres et au final par une mise en œuvre ubuesque et totalement improvisée, déploient une énergie invraisemblable pour essayer d’éviter un lamentable fiasco.
Derniers épisodes connus :
- Les établissements devront, contrairement aux instructions signées le 9 novembre par trois éminents ministres, récupérer eux-mêmes les vaccins, (exit la livraison par les EOD).
- Les bons de vaccinations manquants, que les établissements allaient devoir éditer eux-mêmes, au rythme semble-t-il de cinq bons par heure car le système de liaison informatique s’interrompt au bout de 15 minutes … par mesure de sécurité, ne seront peut-être plus nécessaires. (Pourquoi l’étaient-ils d’ailleurs ?)
Face à ce monumental ratage de la haute administration, il nous appartient encore une fois d’éviter sur le terrain un magnifique plantage. Comme nous sommes des gens responsables nous le ferons, mais pas à n’importe quel prix !
Indépendance et Direction avait demandé avec force que nous fassions l’objet d’une réquisition signée par le Préfet, afin de nous couvrir juridiquement dans un domaine qui n’a rien à voir avec nos missions habituelles. Celle-ci est arrivée dans les établissements hier après-midi.
La nouvelle « organisation » concernant la récupération des vaccins, nous conduit désormais à réclamer avec la même insistance :
- Que la DASS mette automatiquement à disposition des personnes qui viendront récupérer les vaccins, une glacière permettant un mode de transport respectant la chaine du froid. (C’est apparemment prévu, mais nous devons donner comme instruction de ne pas procéder à l’enlèvement des vaccins en l’absence de ce dispositif).
- Que nous soyons destinataires d’une instruction écrite du Recteur ou de l’Inspectrice d’académie, nous donnant mission de faire récupérer les vaccins.
C’est le minimum sur lequel nous ne pouvons en aucun cas transiger, car sans cela notre protection juridique ne serait pas assurée.
Le secrétaire académique
Jean-François PICARD
Post-scriptum : EMV signifie Equipe Mobile de Vaccination, EOD veut dire Equipe Opérationnelle Départementale, les PCP sont les Plans de Continuité Pédagogique, les LRCP correspondent aux géniaux Logiciels de Recensement des Cas Probables et les BV sont bien sûr les Bons de Vaccinations. Au fait qui va convoyer les DASRI ?
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Les vaccins devaient arriver dans les établissements… il faut finalement en urgence que chaque collège et chaque lycée aille directement les chercher dans le centre de vaccination le plus proche. Le problème n’est bien entendu pas le temps que cela représente (encore que… plus de deux heures passées à attendre et se bagarrer avec les différents services en période de conseil d’administration et de conseil de classe, ce n’est pas forcément la meilleure idée du moment) mais la responsabilité engagée dès lors que l’on accepte de prendre en charge soi-même le transport des vaccins… et bien entendu le risque qu’on fait courir en définitive aux élèves.
Si la réquisition des personnels de direction apporte une certaine sécurité administrative elle n’allège pas la charge de travail liée à l’organisation de la vaccination dans l’établissement et ne vient bien sûr pas apporter de réponses aux interrogations morales quant à cette campagne où bien des choses semblent se faire dans la précipitation et l’improvisation. Quand on songe aux moyens colossaux engagés, tant financiers que médiatiques, on reste consterné de voir comment les choses se passent sur le terrain . Ainsi la « livraison » des vaccins par exemple laisse perplexe : désorganisation manifeste, chefs d’établissements qui se déplacent et qui repartent les mains vides, d’autres retournent dans leur établissement avec une partie seulement des vaccins, d’autres encore découvrent qu’il aurait fallu se munir du formulaire x ou y et que se pose le problème du matériel destiné au médecin scolaire, matériel que le médecin devrait venir chercher lui-même… alors qu’il en ignore totalement l’existence. Pour être complet il faudrait ajouter que les consignes de transport restent floues, l’un venant avec sa glacière personnelle, l’autre avec un simple sac congélation, le troisième sans rien et personne ne semble s’en soucier.
Dans ce tableau n’oublions pas les célèbres « Bons de vaccination », bons présentés comme le véritable laisser-passer. Là encore on n’a pas lésiné sur les moyens : ils sont édités à partir d’une application hyper-sécurisée dont les codes d’accès changent toutes les deux minutes. Mais finalement face aux difficultés que cela représente -problèmes d’accès à l’application ou d’impression des bulletins, bon déjà édités par un autre service et envoyés directement aux familles- on nous laisse entendre que ce document n’est aujourd’hui plus aussi stratégique qu’hier et qu’un simple formulaire vierge rempli à la main et transmis plus tard devrait finalement faire l’affaire…
Dans ce contexte le travail et la bonne volonté des équipes est à saluer : médecins, infirmières, CPE ne comptent pas leur temps ni leur énergie.
Je suis sidéré face à tout ce que j’ai lu depuis le début de ce processus prévoyant des vaccinations au sein des établissements scolaires.
Le gouvernement semblait avoir fait le choix de créer des centres dans les différents secteurs géographiques. Pourquoi vouloir déroger à ce principe et céer une structure différente milieu scolaire?
Certes, en notre qualité de fonctionnaire et de personnel de direction nous appliquerons les consignes mais reconnaissons que celles-ci sont contradictoires et inapplicables sur le terrain…
Nous serons une fois de plus en « première ligne » et considérés comme les responsables de ce qui s’annonce comme un fiasco.
Il nous appartient aujourd’hui de soutenir les personnels dans la tourmente : médecins, infirmières, CPE, …
Mais l’essentiel réside dans notre mission d’enseignement : l’actualité c’est aussi et surtout le bilan du premier trimestre avec les conseils de classe et la validation du travail des élèves qui nous confiés par la Nation.
Bon courage à toutes et à tous !