Un grand nombre d’entre nous sont contactés dans l’urgence par nos collègues IPR, pour accueillir des étudiants de M2 pour des périodes de prise en charge de classes en responsabilité. Il ne s’agit plus, comme c’était initialement prévu, du remplacement des professeurs stagiaires pendant leurs stages « massés » de deux fois quinze jours. Non, il semble que l’objectif soit de permettre à l’Université d’attribuer des crédits ECTS à ses étudiants.
Au-delà des conditions que vos organisations syndicales avaient précédemment édictées : pas d’accueil d’étudiants sans convention signée et pas de départ de professeurs stagiaires sans remplacement effectif, il y a lieu de s’interroger sur cette opération. Remplacer des professeurs stagiaires par des étudiants de M2, quel que soit le jugement qu’on pouvait porter sur la pertinence pédagogique d’un tel dispositif, avait au moins l’intérêt de ne pas laisser de classes sans « enseignants ».
Lâcher devant des classes, des étudiants sans expérience ni formation, sans aucune nécessité autre que celle de leur attribuer des crédits, semble par contre constituer une opération très risquée et sans bénéfice pour personne. Très risquée tout d’abord pour ces étudiants, qui seront sensés faire cours en pleine responsabilité et sans la présence de leur référent, (sinon au premier cours). On risque fort de les dégoûter définitivement du métier d’enseignant, car nos élèves auront sans doute quelque difficulté à comprendre pourquoi on leur impose un étudiant sans aucune expérience, alors que leur professeur est présent dans l’établissement. On peut craindre de ce fait qu’ils accueillent assez mal les nouveaux venus.
Pour les élèves ensuite qui vont perdre un mois de cours avec leur professeur titulaire, sans garantie que ces deux périodes de quinze jours leur permettent de progresser. Enfin pour les ex-conseillers pédagogiques, un temps tuteurs et maintenant référents, qui exclus de leur classe verront leurs progressions pédagogiques au minimum fragilisées, et qui sans doute par deux fois devront reprendre en main leur classe dans des conditions difficiles.
In fine ce sont les chefs d’établissement qui devront assumer, vis-à-vis de leurs équipes et des parents d’élèves, la responsabilité d’une entreprise pour le moins aventureuse. C’est pourquoi, nous vous conseillons d’accueillir cette initiative avec la plus grande prudence. La précipitation avec laquelle elle est mise en oeuvre ne doit pas nous priver de notre esprit critique. iD exige pour le moins, que les stagiaires soient pleinement accompagnés par les professeurs responsables des classes concernées.
Jean-François Picard,
Secrétaire académique